La longue queue de la pandémie Covid-19 KSJ avril 2020 - Werner Wuyts

2020 restera longtemps dans la mémoire collective. L'année a commencé avec des patients gravement malades dans une ville de Chine dont la plupart d'entre nous n'avait jamais entendu parler. La mortalité du virus a obligé les pouvoirs publics chinois à prendre des mesures draconiennes. Le lockdown complet d'une province entière comptant plus de 40 millions d'habitants.

Virus au cours des siècles

Au cours des siècles, la recette pour éviter la propagation des virus n'a pas beaucoup changé. Les maladies contagieuses comme la lèpre et la peste ont été également endiguées par des mesures de quarantaine.

La globalisation a ses bons côtés. D'un point de vue économique, elle a entraîné, depuis 2001, une période de croissance et le recul de la pauvreté au niveau mondial. Les résultats de la délocalisation de la production vers des pays aux salaires peu élevés ont mené à une combinaison de croissance mondiale attractive et de faible inflation. Cette dernière est également à attribuer aux rapides changements technologiques. Sous l'impulsion de l'Asie, la demande mondiale de biens et services s'est développée à un rythme jamais vu auparavant. Grâce à l'abondance de capitaux, aux importants gains de productivité dans l'industrie minière, aux nouvelles techniques d'extraction de pétrole, à la robotisation de la production et à une armée de jeunes travailleurs, l'offre a suivi rapidement. Un scénario de boucles d'or.

Nous nous doutions que ce développement devait également avoir des conséquences négatives. Le coût environnemental de ce développement a été, et est encore, répercuté, sans ciller, sur la société, et la classe moyenne occidentale a payé la facture de la délocalisation par la pression sur les salaires.

Voyages

Nous ne pouvions imaginer – en tout cas, nous avions la prétention de croire que ça n'arriverait pas – que les voyages sans restriction découlant de la mondialisation représentaient le vecteur idéal de transmission rapide des maladies aux quatre coins du monde. Comme la grippe espagnole, après la Première Guerre mondiale, transmise au monde entier par le retour des soldats à la maison. Cent ans plus tard, les événements se reproduisent avec ce nouveau coronavirus, baptisé Covid-19.

Les pays asiatiques voisins – Hong-Kong, Singapour et le Japon – ont également été touchés rapidement mais, grâce à l'expérience acquise lors de l'épidémie SARS en 2003, ils ont pu limiter le nombre d'infections.

L'Italie a été le premier pays touché en Europe. Par manque d'expérience à grande échelle de ce type de foyer d'infection, le virus du Covid-19 a pu se répandre rapidement, avec des conséquences catastrophiques. Il a suffi de quelques jours de vacances de ski pour que l'épidémie gagne les pays plus au nord.

Confinement

Depuis, les États sont passés, l'un après l'autre, aux mesures de confinement. Ceux pour qui le télétravail est possible, travaillent de chez eux. Mais tous les endroits où les règles de distanciation sociale vis-à-vis des clients ou collaborateurs sont impossibles à respecter doivent rester clos. Les magasins alimentaires restent l'exception.

Dans les prochains mois, les mesures de confinement seront levées peu à peu.

Il va sans dire que le choc économique sera terrible. On peut s'attendre à ce que l'économie se contracte d'au moins un quart au premier et peut-être au deuxième trimestre. La reprise des écoles, des magasins et des usines ne s'opérera que petit à petit.

Économie de guerre

Au niveau économique, le Covid-19 touche aussi bien l'offre que la demande.

Du côté de l'offre: Fermeture des cafés, restaurants et magasins non essentiels. Mais les usines de production ferment également, parce que des éléments de la chaîne « just in time » viennent à manquer. Par conséquent, l'offre chute. Les mesures de confinement empêchent les saisonniers, qui rejoignent normalement les citronniers espagnols en bus, de se présenter au travail et les fruits restent sur les arbres. Les transports internationaux normalement assurés par deux chauffeurs doivent maintenant être assurés par un seul, ce qui augmente la durée de voyage et le prix. Le manque de matériel et d'appareils médicaux crée des barrières commerciales, parce que certains pays refusent d'exporter ce type de biens. Toutes ces caractéristiques rappellent une économie de guerre.

Du côté de la demande: En raison du chômage massif (temporaire), le revenu des consommateurs chute et ils se limitent aux achats les plus importants. Le marché pétrolier représente un bel exemple de la chute de la demande. À la fin de l'année passée, on pouvait arrondir la demande mondiale à 100 millions de barils par jour. Aujourd'hui, la demande mondiale s'établit 10 à 20 millions de barils en-dessous. Le diesel, l'essence et, surtout, le kérosène, sont en surplus. Les réservoirs de stockage débordent et le prix du pétrole chute vers son plancher de 2003.

Réflexe financier

Lorsque les activités nationales sont tombées à l'arrêt, les unes après les autres, à cause du Covid-19, les investisseurs se sont immédiatement tournés vers les banques centrales. Ce réflexe découle de la crise bancaire de 2008 et de la crise de l'euro en 2011. Mais la grande différence entre la crise actuelle et les précédentes vient de l'origine des précédentes crises, à savoir le secteur financier. Les banques centrales jouaient donc un rôle important dans ces drames. Il en va autrement lorsque la crise trouve son origine du côté de l'offre. Dans une telle situation, le premier rôle des pouvoirs publics est d'assurer un revenu à ceux et celles qui ont perdu leur travail. Mais les pouvoirs publics doivent également coordonner l'ensemble de la crise.

L'intervention des banques centrales était toutefois nécessaire. Le marché interbancaire aux États-Unis était perturbé depuis l'automne 2019. Pour l'une ou l'autre raison nébuleuse, les banques rechignaient à se prêter entre elles. La Federal Reserve est intervenue, il y a déjà un certain temps, pour remédier à ce problème. Lorsque, fin février, la crise du Covid-19 s'est amplifiée, le marché obligataire s'est complètement arrêté. Toutes les nouvelles émissions ont été annulées. Les marchés financiers ont abouti dans un scénario dont le principal objectif était de générer du cash. Les actions, les obligations, l'or, les bitcoins et même les placements à court terme, toutes des alternatives au cash, ont été vendus massivement par ceux qui recherchaient des liquidités. La mise à l'arrêt des marchés obligataires a déclenché l'intervention de la Banque Centrale Européenne et de la Federal Reserve avec des moyens financiers jamais vus auparavant, un multiple des moyens mobilisés en 2008, pour assurer la liquidité et empêcher l'ensablement des marchés financiers.

Se réveiller dans un autre monde

Le Covid-19 intégrera probablement les livres d'histoire, comme la grippe espagnole, il y a précisément cent ans.

Une série de produits ne sont plus réalisés qu'en certains endroits, telle est l'une des conséquences de la globalisation. À certains moments, l'obtention de masques, de respirateurs, de matières premières pour les produits pharmaceutiques a pu se révéler problématique. Quand les besoins sont élevés, certains pays vont même jusqu'à empêcher ces produits de quitter leur territoire. Le président Trump a déjà menacé d'appliquer une loi de 1950 qui permet de confisquer certains produits destinés à l'exportation. On peut remédier à cette faiblesse en répartissant la production sur plusieurs parties de la planète. Le cas s'est déjà présenté après le tremblement de terre au Japon, en 2011, quand certaines teintes de peinture de carrosserie sont restées indisponibles pendant des mois. Il était facile de s'adapter, en choisissant une autre teinte. Pour assurer la livraison, les entreprises devront, au moment d'investir, rechercher d'autres endroits pour la production de certains éléments. Le principe juste à temps de l'industrie manufacturière vise à limiter tant que faire se peut le fonds de roulement. Il est plus que probable que des stocks plus importants circuleront dans la chaîne de production. De quoi exercer une légère pression sur l'inflation.

Les pouvoirs publics devront également apporter leur pierre à l'édifice. Les instances européennes et le gouvernement des États-Unis veilleront certainement à ce que les matières premières de médicaments vitaux soient, au moins partiellement, produites dans leur propre région.

Conséquences pour le monde et, en particulier, pour les investisseurs

La crise actuelle modifiera notre mode de vie. Le chômage va augmenter. Beaucoup utiliseront leur temps libre autrement, en voyageant et en sortant peut-être pas moins souvent mais différemment. Les événements de masse devront se contenter de moins de participants. Le télétravail et les conférences vidéo deviendront davantage la norme.

L'impact sur une génération de jeunes habitués à une vie luxueuse et sans souci qui, aujourd'hui, ont peu épargné et se trouvent privés de revenus peut induire une augmentation de l'épargne à l'avenir, dont l'effet sera positif à long terme mais dont l'impact économique négatif se manifestera à court terme.

Les conséquences géopolitiques seront importantes. Il faudra attendre quelques années pour connaître le résultat, mais les faits plaident pour un changement. Les États-Unis ont abandonné le leadership mondial à d'autres, une faille dans laquelle se sont engouffrées la Russie et, surtout, la Chine. L'Union européenne s'en est trouvée affaiblie, non par manque de leadership, mais parce que les états membres ont sans cesse rechigné à lui accorder des compétences en matière de santé. Il y a peu de chance que les gouvernements nationaux soient enclins à l'admettre vis-à-vis de leurs ressortissants.

La démocratie est un autre perdant. La lutte contre la pandémie exige une restriction des libertés, spécialité des autocraties. Une démocratie avérée comme la Corée du Sud est sortie de la crise grâce à une application sans aucun rapport avec le respect de la vie privée.

Les finances publiques afficheront d'énormes déficits pendant des années. Et pourtant, l'attribution de revenus de remplacement aux ménages peut endiguer la pauvreté. Keynes, économiste de réputation mondiale, adulé par certains, décrié par d'autres, doit se retourner dans sa tombe.

Tous les épargnants ressentiront les effets. Structurellement, les comptes d'épargne rapporteront moins que l'inflation. Au cours de la période à venir, les cours des obligations connaîtront une volatilité inhabituelle. Pour de nombreuses catégories d'entreprises et de pouvoirs publics, il est devenu plus difficile d'évaluer les entreprises et les pouvoirs publics qui tireront leur épingle du jeu à moyen terme. Plus que jamais, l'approche de Dierickx Leys Private Bank représente le bon choix : se concentrer sur les entreprises qui choisissent le crédit comme instrument judicieux de gestion de bilan plutôt qu'une perfusion financière qui ralentit à chaque choc économique.

Pour la sélection d'actions, les analystes et gestionnaires de Dierickx Leys Private Bank se focalisent sur trois groupes d'entreprises. Pour certaines entreprises, le flux de revenus n'est pas, ou peu, influencé par la crise du coronavirus. Elles sont peu nombreuses, les gestionnaires de réseaux électriques en sont un exemple. Le dividende bénéficie d'une certaine garantie, si les dettes restent sous contrôle, et dépasse de loin les taux des emprunts d'État à 10 ans. Dans le deuxième groupe, on trouve des entreprises dont l'activité augmente en raison des potentiels changements structurels dans la façon de travailler. Les entreprises spécialisées dans la sécurisation des réseaux, dans les téléconférences…qui travaillent sous licence et avec abonnement en sont un exemple. Les acteurs spécialisés dans les tests et analyses médicaux peuvent également faire partie des gagnants. Le dernier groupe important se compose d'entreprises durement frappées par le virus Covid-19 mais dont la situation est provisoire. Si la génération future de bénéfice n'est pas touchée fondamentalement, la chute des cours enregistrée en mars peut représenter une opportunité d'achat.

À moyen terme, le virus Covid-19 réclamera un lourd tribut. Mais il y a des raisons d'être optimiste. L'humanité a survécu à la grippe espagnole, aux guerres mondiales et aux crises de la dette. Au milieu du gué, la rive semble inatteignable. Nous (analystes, gestionnaires et investisseurs) devons nous préparer mentalement à la prochaine vague de Covid-19 l'hiver prochain, en attendant un vaccin efficace. Cela aidera à garder la tête froide au retour des journée stressantes.

PDF

Téléchargez ici le KSJ complet d'avril 2020

Désirez-vous plus d'informations concernant cet article?

  • N'hésitez pas à nous contacter.

Impact du COVID-19 sur la déclaration de succession – Mise à jour

La crise du coronavirus impacte de nombreux aspects de notre vie. Vous trouverez ci-après des explications sur un certain nombre de mesures qui peuvent avoir un impact sur la déclaration de succession en Région flamande.

Capitant: World of Finance

Nos collègues Jasper Thysens et Nicolas Blondeau ont fait une présentation hier à l'événement World of Finance de Capitant sur la gestion de patrimoine et la manière dont Dierickx Leys Private Bank réalise cette activité passionnante. Les membres présents de Capitant ont également pu découvrir une journée type de nos collègues et l'évolution de leur carrière dans le secteur financier.