Il n’y a pas de meilleur investissement que l’économie dans laquelle vous voulez passer vos vieux jours KSJ - avril 2021

Professeur en politique internationale. Politologue. Conseiller spécial de Frans Timmermans, premier viceprésident de la Commission européenne. Conférencier invité dans de nombreuses universités. Grâce à sa vision étendue, son expertise et son langage clair, Jonathan Holslag (40 ans) est un conférencier très recherché. Lors de l’événement Outlook 2021, il a abordé l’impact économique de la Chine. Parmi les nombreuses questions posées par les plus de 1 000 participants, nous avons choisi de revenir sur les six suivantes.

Selon vous, qu’est-ce qui va changer dans les relations entre les États-Unis et la Chine avec un nouveau président à la Maison-Blanche?

Prof. Jonathan Holslag: « Je pense que c’est surtout le ton qui a changé. Les conseillers de Biden font tout leur possible pour éviter le mot “guerre froide”. Leur principal argument est que la concurrence ne doit pas nécessairement nuire aux intérêts commerciaux. Pourtant, l’administration Biden maintient en partie les tarifs douaniers de Trump, augmente également la présence militaire, est tout aussi réticente au partage de la technologie, ... Nous constatons donc un changement, mais aussi une continuité. La tension persiste. Les relations se troubleront peut-être davantage, notamment en raison des intérêts géopolitiques majeurs en jeu. »

Dans quelle mesure le projet de neutralité en carbone de la Chine d’ici 2060 est-il réalisable?

« Pour l’économie chinoise, ce projet est tout à fait faisable. Nous constatons des investissements importants, l’électrification de la flotte de voitures, etc. Dans le même temps, la Chine veut maintenir son emprise sur les industries polluantes telles que les métaux, la chimie et les produits semi-finis. Elles seront cependant transférées vers l’Asie du Sud-Est, la Birmanie, certains pays africains, ... Autrement dit, le problème est déplacé.

La neutralité en carbone est visée, car l’habitabilité des villes est très importante pour les dirigeants chinois. De nombreux Chinois vivent dans les grandes villes; le parti communiste a conscience qu’une grande partie de son crédit dépend de cette qualité de vie. Les gens doivent pouvoir compter sur eux pour la sécurité alimentaire, la qualité de l’eau, etc. »

Grandes inégalités

Quelle est, selon vous, l’évolution la plus sous-estimée qui aura un impact profond sur l’économie (mondiale) et les investisseurs chez nous?

« Tout d’abord, la croissance de la Chine est relativement fragile, avec des investissements importants dans l’économie mais une faible croissance de la productivité. L’énorme épargne des ménages compense actuellement les grandes perturbations. Cependant, cette situation ne durera peut-être pas. L’épargne n’est pas infinie. Vous devez certainement tenir compte de ce facteur.

En outre, nous sommes confrontés dans le monde entier à une correction (nécessaire) entre les économies déficitaires et les économies excédentaires. Alors qu’elles ont été développées à l’âge d’or de la mondialisation, nous constatons de grands déséquilibres sur le plan macroéconomique que nous pourrons corriger en partie au cours des prochaines décennies. »

Conmmation plus durable

« Les pays affichant un déficit important (y compris les États-Unis) renforceront leur économie. Cependant, cela entraînera aussi plus de protectionnisme, ce qui est un inconvénient.

Ici, en Occident, nous devons retrouver notre propre force, stimuler la productivité et nous concentrer sur l’innovation technologique. Notre transformation en une économie plus durable, dans le cadre du nouveau Pacte vert, est aussi importante à cet égard. Pour la Chine, cela implique un renforcement progressif de son marché intérieur. Une augmentation de la consommation, mais aussi une consommation plus durable. »

« C’est une issue dans l’impasse. Canaliser l’énergie vers un meilleur avenir. L’économie est juste un moyen de donner vie aux idéaux. »

Les chiffres de la Chine sont-ils cependant fiables ? Nous entendons parfois dire qu’ils sont enjolivés pour des raisons politiques. Votre vision?

« Il faut en effet prendre certains chiffres avec des pincettes. Pour l’année 2020 marquée par le COVID-19, la Chine n’a peut-être pas réalisé les résultats annoncés. 

Dans le même temps, des chiffres comme la consommation d’électricité et les kilomètres parcourus en train sont plus faciles à vérifier. Il y a les excédents commerciaux, mais plus important encore: la dimension « crédit ». La croissance de la Chine a été en grande partie stimulée par l’investissement et réalisée par le biais de l’endettement, notamment par le biais du circuit des prêts gris (en dehors des banques). L’image est donc faussée.

Les investissements non rentables ne sont pas amortis. Dès que la marge de manoeuvre financière s’épuisera et qu’il y aura davantage d’amortissements, la réussite pourrait être moins éclatante. »

Entreprises zombies

Tant que les entreprises zombies en Chine resteront soutenues par leur gouvernement et continueront à gagner des parts de marché
(même sans rendement): ne prendront-elles pas tellement d’ampleur d’ici 10 ans qu’elles constitueront un problème pour les entreprises occidentales?

« C’est très lié à la question précédente. L’industrie manufacturière chinoise était déjà dans le rouge de 17 % avant l’apparition du COVID-19. En outre, elle dépend en grande partie de la demande étrangère. À court terme, le gouvernement chinois continuera à y injecter des fonds. Il suffit de penser à l’excédent de panneaux solaires, d’acier, ... Néanmoins, ce dumping est de moins en moins accepté. Cela entraînera à terme des faillites importantes. Quand la vérité éclatera, cela sera difficile à canaliser et entraînera une onde de choc. C’est inévitable. »

Avez-vous un bon conseil pour l’investisseur dans notre pays?

« Plus que jamais, je pense qu’il faut tenir compte des décisions politiques qui influencent les marchés. Il n’y a pas de meilleur investissement que l’économie dans laquelle vous voulez passer vos vieux jours et dans laquelle vos enfants ou vos petits-enfants peuvent créer leur avenir. La question est: quel est le sens de l’investissement dans une économie mondiale de plus en plus volatile? Regardez plus près, comment nous pouvons développer l’habitat ici. D’autres pays le font souvent mieux que nous. »

« Investir est un moyen d’assurer l’avenir. Ici, chez nous. Et même malgré notre imbroglio politique. »

PDF - KSJ avril 2021

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