Alibaba KSJ avril 2021 - Willem De Meulenaer

Alibaba, parfois appelée l’Amazon chinois, possède notamment plusieurs sites d’e-commerce. Par le biais de Tmall.com, elle vend des produits d’entreprises mondialement connues comme Apple et Nike à la classe moyenne chinoise. Taobao.com est un site sur lequel des entreprises ou des particuliers vendent des produits à d’autres particuliers.

Chez nous, des noms comme alibaba.com, 1688.com ou AliExpress.com sont un peu plus connus en tant que sites où des entreprises proposent des produits à d’autres entreprises (détaillants) ou à des particuliers.​​​​​​​

Alibaba

Alibaba est l’acteur dominant en Chine, avec une part de marché estimée par certains à plus de 50%. Mais comme Amazon, les tentacules d’Alibaba vont bien plus loin. Alibaba est également active dans les domaines de l’infrastructure IT, du cloud computing, des médias et du divertissement (notamment la production de films et la variante de YouTube « Youku »). Elle investit également dans toute une série d’entreprises cotées en bourse, telles que le site web de vidéos Bilibili, l’application de transport Lyft (concurrente d’Uber) et le réseau social Weibo.

Les résultats

Les résultats pour le trimestre se terminant en décembre 2020 ont été une fois de plus sensationnels. La réserve initiale de la direction due à la pandémie de coronavirus était exagérée, car les ventes ont connu une hausse impressionnante de 36,9% au cours du dernier trimestre pour atteindre 221,08 milliards de yuans. Le bénéfice net a même bondi de 52,4% pour atteindre 79,54 milliards de yuans. Alibaba a ainsi de nouveau pulvérisé les attentes. L’e-commerce en soi est déjà un marché à forte croissance, en particulier en Chine, et la crise du coronavirus n’a fait qu’accélérer cette croissance.

Tensions avec les États-Unis

Pourtant, il y a aussi des nuages sombres à l’horizon. Par exemple, les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis pourraient entraîner (directement et indirectement) des pressions sur les activités d’Alibaba. En outre, les projets américains visant à surveiller de plus près les entreprises chinoises cotées aux États-Unis sont toujours en vigueur. C’est peut-être aussi dans ce contexte qu’Alibaba a demandé une deuxième cotation à Hong Kong. Cette demande s’est accompagnée d’une augmentation de capital de 11 milliards de dollars. 

Différents grands investisseurs ont été méfiants et ont converti leurs actions américaines d’Alibaba en actions cotées à Hong Kong. Par conséquent, le volume d’échange des actions d’Alibaba a diminué à la bourse américaine, tandis que ce volume a augmenté à la bourse de Hong Kong. Jusqu’à nouvel ordre, les États-Unis restent le principal marché pour l’action.

Le fiasco d'Ant Group

Le gouvernement chinois lui-même constitue cependant la principale menace actuelle. Alibaba détient 33% d’Ant Group. Tous les systèmes d’e-commerce ont évidemment besoin de systèmes de paiement. Ant Group a lancé sa plateforme de paiement Alipay. Cette plateforme ne propose pas seulement des paiements mobiles, mais aussi des investissements en fonds, des prêts, des assurances et le paiement de factures. L’entreprise a affiché une croissance du chiffre d’affaires de pas moins de 41% au cours du dernier exercice. Alibaba prévoyait de faire entrer Ant Group à la bourse de Hong Kong. Elle visait une valorisation solide de 313 milliards de dollars. L’introduction en bourse permettrait de lever environ 34,5 milliards de dollars de capitaux frais. Ces fonds seraient consacrés à la poursuite de la recherche et du développement de la technologie, à l’attrait de nouveaux utilisateurs, à l’offre de nouveaux services et à l’expansion internationale des activités.

Le 24 octobre 2020, juste avant l’introduction en bourse prévue d’Ant Group, le PDG Jack Ma (Ma Yun) a critiqué le secteur bancaire chinois, qui, selon lui, manque de flexibilité et vise trop les grandes entreprises, laissant peu d’opportunités de croissance aux plus petites. Ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour le parti communiste chinois qui, depuis un certain temps, voyait d’un mauvais oeil le transfert du contrôle du système financier crucial des grandes banques d’État chinoises aux entreprises fintech du secteur privé, Alibaba (via Ant Group) et Tencent faisant partie des principaux « responsables ». Les mauvaises langues affirment que le président Xi Jinping n’a d’ailleurs pas accepté le fait que Jack Ma soit beaucoup plus exposé sur le plan international que lui.

La réaction du gouvernement chinois ne s’est pas fait attendre. Le 31 octobre 2020, le gouvernement s’est dit « préoccupé » quant aux risques liés au développement rapide des fintech. Une série de mesures plus strictes pour les acteurs de la fintech ont été mises en oeuvre, ce qui a affecté la valorisation d’Ant Group. Par conséquent, le 3 novembre 2020, il a été décidé de geler l’introduction en bourse d’Ant Group. C’était un coup dur pour Jack Ma et Alibaba.

Peu de temps après, Jack Ma a « disparu » de la circulation. En Chine, il n’est pas rare que des chefs d’entreprise disparaissent de la scène publique pendant un certain temps afin de ne pas être rappelés à l’ordre par le régime chinois s’ils ne rentrent pas dans le rang. Le 20 janvier, Ma est réapparu en public et évite depuis lors toute confrontation avec le gouvernement chinois, ce qui est rassurant pour
les actionnaires d’Alibaba.

Pour Ant Group, une solution semble être en vue. Avec la séparation des activités financières dans une entité/holding financière distincte et un contrôle plus strict des autorités financières, une cotation en bourse pourrait de nouveau être possible d’ici quelques années.

Enquête sur un cartel et demande de scission des activités médias

Le gendarme chinois des monopoles enquête sur Alibaba pour un éventuel abus de position dominante sur le marché. Selon le Wall Street Journal, une amende de près d’un milliard de dollars serait en vue. Même si c’est un montant conséquent, un géant comme Alibaba peut tout à fait l’assumer. Cependant, l’entreprise pourrait aussi devoir prendre certaines mesures qui pourraient affecter le chiffre d’affaires (ou sa croissance).

Récemment, le gouvernement chinois a mis plus de pression sur Alibaba et lui a demandé de scinder ses intérêts dans les médias. Le parti communiste craint peut-être le pouvoir trop important d’Alibaba pour influencer l’opinion publique (par le biais de la télévision, des médias sociaux, des sociétés de streaming et des journaux).

De manière générale, le gouvernement chinois semble craindre de plus en plus de perdre son emprise (sur les données, les finances et les médias chinois) et fait donc pression sur les grandes entreprises technologiques pour qu’elles se scindent. Mais en fin de compte, la Chine ne fait pas exception. Les grandes entreprises technologiques américaines, tant aux États-Unis qu’à l’étranger, sont également de
plus en plus suivies avec défiance par les autorités.

Conclusion

Le gouvernement chinois réagit rapidement pour limiter le pouvoir des grandes entreprises technologiques chinoises, ce qui donne peut-être un avant-goût de ce qui attend les autres entreprises technologiques (et peut-être aussi les entreprises américaines).

Les entreprises technologiques sont devenues trop puissantes compte tenu de leur contrôle fortement accru sur la presse, les médias sociaux et le système financier et de leur position (trop) dominante sur le marché. Tout comme Tencent, Alibaba est dans l’oeil du cyclone et une scission est probablement imminente. En outre, l’enquête sur le cartel peut entraîner des amendes et une perte (éventuellement acceptable) de (croissance du) chiffre d’affaires.

Néanmoins, compte tenu des énormes chiffres de croissance et des perspectives favorables de l’e-commerce chinois, et du fait que le gouvernement chinois n’a aucun intérêt à ruiner les champions technologiques chinois, nous pensons qu’Alibaba tiendra le coup. Une éventuelle scission de l’entreprise peut même accroître la visibilité dans les différents départements. Comme nous nous attendons à ce que l’incertitude continue à peser sur l’action pendant un certain temps, et que les mesures (supplémentaires) et leur impact sur les résultats ne sont pas encore clairs, nous avons abaissé notre recommandation à conserver.

PDF - KSJ avril 2021

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